L’annonce laisse pantois, dans l’Hexagone comme dans les pays concernés. Dans une missive au ton comminatoire, le ministère de la culture lance l’ordre de bannir de nos scènes culturelles subventionnées les artistes nigeriens, burkinabiens et maliens.

Les médias aussi bien africains que français décrivent la sidération qui a envahi les acteurs du monde de la culture, sur les deux continents. Le Mali, le Niger et le Burkina Fasso ont connu ces derniers mois des coups d’Etat militaires successifs. Depuis le 7 septembre, la France n’y délivre plus de visas. Dans ce contexte, les échanges artistiques se trouvent compromis. Une ingérence entre les relations culturelles des pays qui s’avère inédite.
Reprenons la chronologie des faits :
- Le 13 septembre, selon Radio France, le secrétariat général du ministère de la Culture, sur instruction du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, dans un courrier envoyé par les directions générales des affaires culturelles (DRAC) aux établissements culturels subventionnés par l’État, enjoint de «suspendre, jusqu’à nouvel ordre, toute coopération avec les pays suivants : Mali, Niger, Burkina Faso. Par conséquent, tous les projets de coopération qui sont menés par vos établissements ou vos services avec des institutions ou des ressortissants de ces trois pays doivent être suspendus, sans délai, et sans aucune exception». Le courrier poursuit : «Tous les soutiens financiers doivent également être suspendus, y compris via des structures françaises, comme des associations par exemple. De la même manière, aucune invitation de tout ressortissant de ces pays ne doit être lancée. A compter de ce jour, la France ne délivre plus de visas pour les ressortissants de ces trois pays sans aucune exception, et ce jusqu’à nouvel ordre ».
L’emploi du terme « suspendre » ne laisse guère de place à l’interprétation concernant l’interruption des projets déjà engagés. Face aux nombreuses réactions indignées, le gouvernement a rapidement publié un démenti.
Reste que cette intervention, par son geste d’ingérence et son ton injonctif, presque martial, résonne comme une intrusion brutale — une profanation inattendue dans ce temple de la liberté que sont l’art et la culture.
Une double peine pour des artistes comme Odile Sankara. L’interprète du spectacle Isis – Antigone ou la tragédie des corps dispersés, se verrait probablement contrainte de renoncer à participer au festival des Francophonies, indique PressAfrik.com.
Si vous souhaitez soutenir les artistes des trois pays victimes de putschs, vous trouverez une pétition en ligne en cliquant sur ce lien.