Porté par la délicatesse du violoncelle, la puissance des chansons et une mise en scène épurée, ce spectacle nous questionne, à travers le personnage d’Ophélie, sur la place de la femme. Une traversée poétique et musicale qui nous emporte, entre réflexion et émotions.

Traversée, Théâtre Pixel Avignon

Dès l’ouverture du spectacle, une robe blanche, suspendue sur un cintre, interpelle. Le symbole est puissant. On croirait voir surgir le fantôme d’Ophélie, ce « fantôme blanc », évoqué par Rimbaud dans son poème. On croirait reconnaître encore l’image, plus glaçante encore, d’un pendu. Cette jolie robe, un peu désuète, qui flotte, aux yeux de tous, ne renferme aucun corps, aucune présence.

Traversée met en scène Ophélie. Le personnage d’Hamlet de Shakespeare sombre dans la folie puis se noie après le meurtre de son père par son amant. Derrière cette héroïne universellement connue se cache en effet un paradoxe. Cette femme qui a inspiré d’innombrables écrivains, peintres et musiciens, cette femme , « créature de Shakespeare », « conquête d’Hamlet » ; quel fut son rôle, au juste, si ce n’est celui qu’on voulut bien lui donner ? Qu’a-t-elle dit ? Qui était-elle ? Qu’a-t-elle fait ?

Emilie Touchard, au violoncelle, et Juliette Rennuit, chanteuse, nous posent ces questions. Elles nous conduisent, au fil de l’eau, dans un questionnement sur la place de la femme. Laquelle, au juste ? Mère ou putain ? « Moi si j’étais un homme », « C’est juste une femme »… Les refrains et les paroles se succèdent, évoquent les stéréotypes, dialoguent avec le personnage shakespearien et donnent une résonance contemporaine à son histoire.

Mais dans ce spectacle, Ophélie refuse de demeurer cette silhouette blanche suspendue. Elle reprend la parole. Par le chant, le théâtre et la musique, à travers les comédiennes, elle réintègre un corps de femme. Elle impose sa présence, sa voix, et se réapproprie son histoire. L’héroïne choisit enfin son propre rôle.

Le spectacle alterne douceur et révolte, mélancolie et réflexion. Porté par la délicatesse du violoncelle, la puissance des chansons et une mise en scène épurée, symbolique, Traversée interpelle, questionne, et remet les choses en perspective.

Jeanne Rolland