« Le 17 août, à 6 heures du soir, Fouquet était le roi de France ; à deux heures du matin, il n’était plus rien », résume Voltaire. Au Théâtre au Coin de la Lune, le spectacle Le procès Fouquet, panache et corruption à la cour de Louis XIV, nous fait revivre cette chute. Une chute savamment orchestrée, entre l’ombre et la lumière, d’un véritable Théâtre.
Dans six jours débutera une grande fête à Vaux-le-Vicomte, la fastueuse demeure du richissime Nicolas Fouquet. Le jeune Louis XIV en personne figurera parmi les invités. Le surintendant des finances, au sommet de sa carrière, exulte.

Porté par un enthousiasme débordant, il brûle du désir d’impressionner le roi, de lui en mettre « plein la vue ». Son habit, tissé de gros sequins irisés, accroche la lumière des feux de la rampe. Campé à l’avant-scène, cheveux ébouriffés, il roule de grands yeux hagards, agite ses longues manchettes. C’est le premier rôle qu’il veut, lui ; être dans la lumière.
Plus en retrait, dans l’ombre, se tient Colbert, son rival, intendant des finances. Cet homme d’Église, austère, dont les vêtements ternes tranchent avec l’habit de Fouquet, se fiche bien de l’apparat. Il évolue bien mieux dans l’obscurité, son véritable terrain de jeu. Il est de ceux qui tirent les ficelles, en coulisses.
Malgré leur rivalité, Colbert tente bien de le mettre en garde. Le roi, qui a récemment décrété : « L‘État, c’est moi », ne supporte plus qu’on lui fasse de l’ombre. Mais Fouquet, dans sa fièvre, n’entend rien, ne voit rien venir. Vaisselle d’or, feu d’artifice, artistes de renom comme Molière, Le Nôtre… Aveuglé par le succès, il ne rêve que d’éblouir son roi.

La suite est déjà écrite, dans les livres d’histoire. Quelques semaines plus tard, Fouquet est arrêté, emprisonné, puis accusé de péculat et de crime de lèse-majesté notamment. Commence alors un long procès.
Si la fragilité, voire la crédulité, de Fouquet surprend et permet de redécouvrir ce personnage historique, rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît. Colbert, qui a consacré tant d’énergie et de calculs à orchestrer la chute de son rival, ne triomphe jamais vraiment. La spontanéité, la générosité parfois naïve et la vitalité de Fouquet finissent par emporter l’adhésion du public. Fouquet échappe à la peine de mort.
Nous avons apprécié la qualité du texte. La mise en scène, efficace, entre ombre et lumière, joue astucieusement sur les frontières entre théâtre et réalité, dans ce procès-théâtre et ce théâtre de l’histoire. Les spectateurs, à qui l’on a distribué des répliques à l’avance, participent au jeu des comédiens en incarnant de faux témoins. Alexandre Delimoges (Fouquet) et Bernard Bollet, les deux comédiens, dans des rôles opposés qui semblent taillés sur mesure, se tiennent parfaitement tête.
Jeanne Rolland
Auteur⸱ice : Alexandre De Delimoges
Mise en scène : Robert Kiener
Interprétation : Alexandre Delimoges, Bernard Bollet
Régie : Yoann Chabaud